litterature : Kazkado, l'ours du web

lundi, 03 septembre 2007

Victor ou les enfants au pouvoir

"Victor ou les enfants au pouvoir" est une pièce de théâtre de Roger Vitrac. Cette oeuvre est pour le moins étonnante, voire déroutante pour les béotiens, et, à l'instar des oeuvres d'Eugène Ionesco, elle se revendique clairement du courant du théâtre surréaliste.
J'ai découvert cette pièce au lycée. Ma prof de français adorait Ionesco et le théâtre surréaliste en général. Pour vous dire, je l'ai eue 2 ans de suite cette prof (au demeurant très charmante !) et pendant ces deux années, nous avons eu le droit à l'étude de "Rhinocéros" de Ionesco, "Ubu roi" d'Alfred Jarry, "La cantatrice chauve" de Ionesco et "Victor ou les enfants au pouvoir" de Roger Vitrac. Honnêtement, j'ai eu beaucoup de mal à apprécier à sa juste valeur le théâtre de ces auteurs, qui sont peut-être des génies de l'écriture théâtrale mais qui nous emmènent trop loin dans les méandres de la réflexion, dans lesquels on finit par ce perdre.

f54ff7b29eb7b378583c35ac6b4cc684.jpgSi je vous parle de cette pièce, c'est bien sûr que le lien avec les ours est, plus ou mois présent.
En l'occurence, il s'agit de l'affiche de la nouvelle mise en scène d'Alain Sachs au Théâtre Antoine à Paris.
Le visuel de l'affiche comporte un ours en peluche, ressemblant aux ours de la célèbre marque allemande STEIFF. La pièce fut écrite en 1928, une période faste pour la société STEIFF.
Le rôle principal de la version 2007 de cette pièce est tenu par Lorànt Deutsch, l'acteur franco-hongrois, révélé dans le film "le ciel, les oiseaux et ta mère" de Djamel Bensalah.

Le synopsis : Victor a neuf ans. Le jour de son anniversaire, il s'emploie à dénoncer de façon acide le monde des adultes et il décide de mourir, pour ne pas devenir adulte. Grâce à son incroyable intelligence, à sa maturité qui révèle un esprit brillant, il provoque chaque adulte de la pièce par le truchement d'un langage, confinant au délire surréaliste, tantôt en créant des mots nouveaux ou des images poétiques. Il les contraint même au suicide.

Même si cette pièce ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, elle n'en demeure pas moins une oeuvre majeure du théâtre moderne.

Uniquement pour les fans ou, à la rigueur, avec quelques pétards au compteur !

Le site officiel de la pièce

mardi, 20 février 2007

L'ours : histoire d'un roi déchu

medium_202021542X.01._SS500_SCLZZZZZZZ_V46498480_.2.jpgMichel Pastoureau est un historien reconnu. Directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, il a notamment publié au seuil, dans " la librairie du XXIe siècle ", l'Etoffe du diable. Une histoire des rayures et des tissus rayés (1991) et Une histoire symbolique du Moyen Age occidental (2004).
Son dernier ouvrage, "L’ours : histoire d’un roi déchu", évoque la symbolique de l’ours depuis l’aube des temps.

Même si aujourd’hui la place est occupée par le lion, en Europe, l’ours a pendant longtemps été le possesseur du prestigieux trône de roi des animaux.
Au Moyen-âge, l’Eglise, ayant une haine viscérale envers l’ours, a tout fait pour le déchoir de son titre suprême en le remplaçant par le félin à la crinière de feu qu’est le lion. Ce combat a duré près de mille ans, un véritable acharnement !
La raison majeure de cette persécution réside essentiellement dans la vénération que lui vouait la population, faisant l’objet de nombreux cultes païens.
Aujourd’hui, l’ours fascine toujours autant. Preuve en est, à Noël, au rayon peluches, les ours occupent la moitié de la place. Les enfants lui vouent une adoration sans limite, troublant ainsi l’image d’animal sauvage qu’il occupe dans la nature.
Avec ce livre, Michel Pastoureaux retrace l’aventure somptueuse de ce fabuleux fauve qui nous a si longtemps fréquentés, et gageons que ce soit encore le cas pendant de nombreuses années, mais là, c’est une autre histoire !

jeudi, 07 décembre 2006

Les auteurs parlent des ours (2ème partie)

La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles.
(Gustave Flaubert) Extrait de Madame Bovary

Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi.
(Jean de La Fontaine) Extrait de la fable L'ours et l'amateur des jardins

A force de trop penser, parfois on a le sort qu'on mérite. La vie, ça se vit à chaque jour suivant sa peine...
(Yves Thériault) Extrait de Le dompteur d'ours

Le génie français est perdu ; il veut devenir anglais, hollandais et allemand. Nous sommes des singes qui avons renoncé à nos jolies gambades, pour imiter mal les boeufs et les ours.
(Voltaire) Extrait d'une lettre à Madame du Boccage

Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes.
(Henri Calet) Extrait de Peau d'ours

J'ai un bon moyen pour juger mes employeurs : ils sont civilisés s'ils ont un chat sur le canapé et un petit ours sur le lit.
(Concha Suares)

N'écrivez jamais l'histoire des autres. Contentez-vous d'écrire la vôtre. Vous trouverez que c'est déjà trop.
(Edmond Grignon) Extrait d' En guettant les ours

L'ours en cage ne peut que satisfaire l'ambition aventureuse des faibles, tandis que le cerf sauvage évoque une liberté et une vigueur pénétrantes.
(Yu Dafu) Extrait des Fleurs d'Osmanthe tardives

lundi, 04 décembre 2006

Les auteurs parlent des ours (1ère partie)

Les ours se suivent et ne se ressemblent pas.
(Pierre Perret) Extrait de Les ours heureux

Les ours blancs sont blancs parce que ce sont de vieux ours.
(Alphonse Allais) Extrait de Le captain Cap

L'éducation peut tout : elle fait danser les ours.
(Leibniz)

L'ours est fidèle, monogame et bisannuel dans ses devoirs conjugaux.
(Alexandre Vialatte)

Avec ce mot devoir, on fait danser le citoyen comme un ours avec une musette.
(Remy de Gourmont)

Mieux vaut être dans le ventre de l'ours qu'entre ses crocs.
(Aleksis Kivi) Extrait de Les fiançailles

Et si on créait une fabrique d'enfants en peluche pour les ours ?
(Patrick Sébastien) Extrait de Carnet de notes

Quarante ans, l'âge des belles sciences, de la connaissance des gestes.
(Yves Thériault) Extrait de Le dompteur d'ours

Beaucoup mieux seul qu'avec des sots.
(Jean de La Fontaine) Extrait de L'ours et l'amateur des jardins

C'est comme ça, en perdant une illusion un jour qu'on devient tout autre le lendemain, et que plus rien n'est semblable.
(Yves Thériault) Extrait de Le dompteur d'ours

jeudi, 23 novembre 2006

Fable d'Esope

De Deux Amis et de l'Ours

Deux voyageurs faisant chemin ensemble, aperçurent un Ours qui venait droit à eux. Le premier qui le vit monta brusquement medium_esope_092.2.jpgsur un arbre, et laissa son compagnon dans le péril, quoiqu'ils eussent été toujours liés jusqu'alors d'une amitié fort étroite. L'autre qui se souvint que l'Ours ne touchait point aux cadavres, se jeta par terre tout de son long, ne remuant ni pieds ni mains, retenant son haleine, et contrefaisant le mort le mieux qu'il lui fut possible.
L'Ours le tourna et le flaira de tous côtés, et approcha souvent sa hure de la bouche et des oreilles de l'Homme qui était à terre ; mais le tenant pour mort, il le laissa et s'en alla. Les deux voyageurs s'étant sauvés de la sorte d'un si grand péril, et des griffes de l'Ours, continuèrent leur voyage. Celui qui avait monté sur l'arbre, demandait à son compagnon, en chemin faisant, ce que l'Ours lui avait dit à l'oreille, lorsqu'il était couché par terre. " Il m'a dit, répliqua le Marchand, plusieurs choses qu'il serait inutile de vous raconter ; mais ce que j'ai bien retenu, c'est qu'il m'a averti de ne compter jamais parmi mes amis que ceux dont j'aurai éprouvé la fidélité dans ma mauvaise fortune. "

Sens :
C'est une chose bien rare et semblable au Cigne noir que la foi, l'adversité et les périls démontrent qui est le vrai ami.

Pour en savoir plus sur Esope, cliquez ICI

dimanche, 26 février 2006

Encore une fable de La Fontaine

L'Ours et les deux Compagnons

Deux compagnons pressés d'argent
A leur voisin Fourreur vendirent
La peau d'un Ours encore vivant,
Mais qu'ils tueraient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent.
C'était le Roi des Ours au compte de ces gens.
Le Marchand à sa peau devait faire fortune.
Elle garantirait des froids les plus cuisants,
On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une.
Dindenaut prisait moins ses Moutons qu'eux leur Ours :
Leur, à leur compte, et non à celui de la Bête.
S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours,
Ils conviennent de prix, et se mettent en quête,
Trouvent l'Ours qui s'avance, et vient vers eux au trot.
Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre.
Le marché ne tint pas ; il fallut le résoudre :
D'intérêts contre l'Ours, on n'en dit pas un mot.
L'un des deux Compagnons grimpe au faîte d'un arbre ;
L'autre, plus froid que n'est un marbre,
Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent,
Ayant quelque part ouï dire
Que l'Ours s'acharne peu souvent
Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire.
Seigneur Ours, comme un sot, donna dans ce panneau.
Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie,
Et de peur de supercherie
Le tourne, le retourne, approche son museau,
Flaire aux passages de l'haleine.
C'est, dit-il, un cadavre ; Otons-nous, car il sent.
A ces mots, l'Ours s'en va dans la forêt prochaine.
L'un de nos deux Marchands de son arbre descend,
Court à son compagnon, lui dit que c'est merveille
Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal.
Eh bien, ajouta-t-il, la peau de l'animal ?
Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ?
Car il s'approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
- Il m'a dit qu'il ne faut jamais.
Vendre la peau de l'Ours qu'on ne l'ait mis par terre.

Fable de La Fontaine

Jean de La Fontaine n'a pas oublié de consacrer des fables à nos ursidés préférés. Vous pouvez en apprécier une ci-dessous.


L'Ours et l'Amateur des Jardins

Certain Ours montagnard, Ours à demi léché,
Confiné par le sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellérophon vivait seul et caché :
Il fût devenu fou ; la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés :
Il est bon de parler, et meilleur de se taire,
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.
Nul animal n'avait affaire
Dans les lieux que l'Ours habitait ;
Si bien que tout Ours qu'il était
Il vint à s'ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,
Non loin de là certain vieillard
S'ennuyait aussi de sa part.
Il aimait les jardins, était Prêtre de Flore,
Il l'était de Pomone encore :
Ces deux emplois sont beaux : Mais je voudrais parmi
Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu ; si ce n'est dans mon livre ;
De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets notre homme un beau matin
Va chercher compagnie, et se met en campagne.
L'Ours porté d'un même dessein
Venait de quitter sa montagne :
Tous deux, par un cas surprenant
Se rencontrent en un tournant.
L'homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?
Se tirer en Gascon d'une semblable affaire
Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L'Ours très mauvais complimenteur,
Lui dit : Viens-t'en me voir. L'autre reprit : Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas,
J'ai des fruits, j'ai du lait : Ce n'est peut-être pas
De Nosseigneurs les Ours le manger ordinaire ;
Mais j'offre ce que j'ai. L'Ours l'accepte ; et d'aller.
Les voilà bons amis avant que d'arriver.
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
Et bien qu'on soit à ce qu'il semble
Beaucoup mieux seul qu'avec des sots,
Comme l'Ours en un jour ne disait pas deux mots
L'Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.
L'Ours allait à la chasse, apportait du gibier,
Faisait son principal métier
D'être bon émoucheur, écartait du visage
De son ami dormant, ce parasite ailé,
Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l'Ours au désespoir, il eut beau la chasser.
Je t'attraperai bien, dit-il. Et voici comme.
Aussitôt fait que dit ; le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,
Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche,
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur :
Roide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.